CHAPITRE XI
Donal sortit de la tente et trouva Sef en grande conversation avec sa sœur. Il ne l'avait pas vue depuis longtemps. Le plus souvent, il essayait de ne pas penser à elle.
Pour oublier ce que Bronwyn pourrait devenir.
Elle se tourna vers lui. Elle ressemblait surtout à Alix, avec ses yeux ambre et son teint clair. Mais ses cheveux étaient aussi noirs que ceux des Cheysulis.
Ou que ceux des Ihlinis. Elle ressemble peut-être à Tynstar...
Il ne se souvenait pas exactement du jour où sa mère lui avait dit que Bronwyn n'était pas la fille de Duncan, mais celle de l'Ihlini. En revanche, il se souvenait très bien de son ébahissement.
Ainsi que de sa peur.
Un jour, elle saura quels pouvoirs elle possède. Elle commencera à les utiliser...
Il refusait d'envisager ce moment. II y avait quinze ans qu'Alix avait échappé à Tynstar, portant son enfant. Bronwyn n'avait pas encore fait montre de pouvoirs ihlinis, mais depuis quelque temps elle était d'humeur instable. Les lirs étaient incapables de prédire quand elle prendrait conscience de ses talents. Ils ne sentaient en elle que le sang cheysuli, comme si les origines d'Alix, qui possédait le Sang Ancien, avaient neutralisé son héritage ihlini.
Hormis Donal, personne, à part Alix, Finn, Karyon et Sorcha, ne connaissait la véritable identité du père de la jeune fille. Bronwyn elle-même n'était pas au courant. Mais, à tout moment, il était possible que les pouvoirs légués par son géniteur s'éveillent en elle. Ils la surveillaient donc de plus en plus près à mesure que le temps passait.
Elle était échevelée, comme si elle avait couru. La connaissant, c'était probablement ce qu'elle avait fait.
Elle est si sauvage... Je me demande s'il y a autre chose que la flamme de la jeunesse en elle...
— Rujho, dit-elle en lui souriant, je suis venue te voir, ne sachant pas que tu étais occupé. Sef m'a dit ce que vous faisiez. Aislinn va-t-elle bien ?
— Oui. L'interférence ne semble pas permanente. Je suppose que vous vous êtes présentés ?
— Je lui ai dit mon nom, fit Sef. Aurais-je dû raconter autre chose ?
— Non, à moins qu'il n'y ait autre chose.
Observant l'attitude de Sef, Donal cacha mal un sourire. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait un jeune garçon intéressé par une fille. Il avait l'impression que Sef en dirait plus à Bronwyn qu'à n'importe qui d'autre, y compris le prince d'Homana.
— Bien, je vous laisse vous tenir mutuellement compagnie. J'ai une affaire privée à conduire.
— Avec Sorcha ?
Donal se retourna vers elle. Bronwyn savait ce qu'il partageait avec Sorcha. Et, comme tout le clan, elle n'ignorait pas qu'il était fiancé avec Aislinn.
— Oui, avec Sorcha, dit-il enfin. Bronwyn, tu essaieras de réconforter Aislinn... ?
— Aislinn est amoureuse de toi, dit la jeune fille en détournant le regard, gênée. Donal, je sais ce qu'il y a entre un guerrier et sa meijha... Mais je ne pense pas qu'Aislinn le comprenne.
— Aislinn doit apprendre. Tu as presque le même âge qu'elle, que ferais-tu à sa place ?
— Je suis née dans le clan. Ce n'est pas la même chose. Mais je l'ai entendue parler de toi, et rêver à son mariage... Je crois qu'elle n'acceptera jamais.
— Oh ! Dieux..., dit-il en se détournant pour partir.
Il gagna le pavillon qu'il partageait avec Sorcha.
C'était une tente gris ardoise qu'il avait ornée de peinture argentée : un loup et un épervier. La brise fit gonfler la toile quand il poussa le volet.
— Sorcha ?
Une main fine écarta la séparation en tapisserie qui isolait les chambres de l'avant du pavillon.
Donal découvrit le visage de Sorcha quand elle repoussa le rideau, ainsi que son ventre énorme.
— Par les dieux, dit-il, surpris, car il ne l'avait pas vue depuis plusieurs mois. Tu es sûre que tu ne vas pas éclater ?
Sorcha rit.
— Pas plus que la dernière fois !
Donal l'embrassa tendrement.
— Où est Ian ?
— Avec Meghan. Bronwyn voulait l'emmener, mais...
Elle s'interrompit. Il ne pouvait pas lui reprocher sa méfiance. Aucun d'entre eux ne pouvait se permettre de faire trop confiance à une Ihlinie, quelle que soit la façon dont elle était élevée.
Une grimace déforma un instant le visage de Sorcha.
Donal posa une main sur son ventre et sentit les contractions.
— Sorcha, le bébé est en train de naître !
— Oui. C'est un garçon, je pense. Il semble pressé d'arriver. ( Elle grimaça de nouveau. ) Je crois que je ferais mieux de me rallonger. Tu peux m'aider ?
Il la ramena jusqu'à la couche de fourrure qu'ils partageaient. II tira un manteau de daim sur elle et installa pour la soutenir une peau d'ours pliée contre son dos.
— Dois-je aller chercher ma jehana ?
— Pas encore, haleta-t-elle. Bientôt. Mais pour le moment je veux passer un peu de temps seule avec toi.
Sorcha avait les yeux verts. A demi homanane, son apparence n'avait rien de cheysuli. Mais elle était née et avait été élevée dans le clan. Et elle suivait les coutumes cheysulies.
— Aislinn est ici, dit-elle, de la crainte dans la voix.
— Oui.
— Elle sait, à mon sujet ?
— Oui.
Jamais il n'avait menti à Sorcha. Il ne commencerait pas maintenant.
— Raconte-moi ce que tu lui as dit.
Il lui caressa la main.
— Ce n'est pas le moment de discuter d'Aislinn.
— Si, objecta la jeune femme. Je sais que cela a dû être difficile pour toi. Je t'ai donné un fils. Un autre va peut-être arriver. Je ferai ce que tu veux, mais... je ne te laisserai pas à la fille homanane de cette sorcière !
— Sorcha, tu es à demi homanane, lui rappela-t-il doucement.
— Je m'ouvrirais volontiers les veines si cela me purgeait de mon sang homanan. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas. Heureusement, je regarde mon fils et je remercie les dieux qu'il ait si peu d'homanan en lui. Par les dieux, Donal, je donnerais n'importe quoi pour être une pure Cheysulie. Je hais ma moitié homanane !
Il ne l'avait jamais entendue parler de manière aussi véhémente, ni avec autant d'amertume et de racisme.
— Meijha, oublies-tu que j'ai aussi du sang homanan ?
— Ce n'est pas la même chose pour toi ! cria-t-elle. Tu es l'élu, celui que nous attendions tous. Celui qui reprendra le trône et le rendra aux Cheysulis. ( Elle étouffa un cri de douleur et se mordit la main. ) Donal, tu ne comprends pas ? N'oublie jamais qui tu es, ni qui était ton jehan ! Ne permets pas à la fille de la sorcière de te dresser contre ton héritage avec ses manières homananes...
— Sorcha, cela suffit. Tu te fais du mal.
— C'est... toi qui te fais du mal... en laissant le clan derrière toi...
— Je ne peux pas gouverner Homana depuis la Citadelle. Les nobles ne l'accepteraient pas. Mais je viendrai aussi souvent que possible. Sorcha, je ne suis pas encore Mujhar.
— Mais tu vas épouser sa fille, et Karyon fera de toi son fils, au lieu de celui de Duncan.
— Jamais. Tu me crois si faible ? dit-il en lui prenant la main.
— Pas faible. Divisé. Je t'en prie, Donal, fais une chose pour moi...
Il abandonna, ne voulant pas la contrarier en un tel moment.
— Ce que tu veux.
— Assure-toi que le trône du Lion redevienne cheysuli... pour tes fils et tes filles.
Les genoux de Sorcha se relevèrent et elle cria. Donal oublia ce qu'il voulait dire et appela Taj par leur lien mental, pour qu'il aille chercher sa mère.
Alix vint immédiatement. Toujours mince, vêtue d'une robe rose foncé, elle portait des pinces d'argent dans sa chevelure noire tressée.
— Donal, sors, dit-elle. Ta place n'est pas ici.
— Sorcha souffre. J'aimerais mieux rester avec elle.
— Fais ce que je te dis, insista Alix. Je n'ai pas le temps de m'occuper de toi.
Le prince obéit pendant qu'Alix disparaissait derrière la séparation.
Dehors, il se trouva face à face avec Aislinn.
— Finn n'a pas voulu me dire où tu étais. Il a essayé de me garder auprès de lui. Mais j'ai voulu venir voir ma rivale.
Elle avait l'air fragile, vulnérable, un lys pâle sur une tige frêle. Mais sa fierté était visible, un peu meurtrie et ébranlée, et pourtant aussi présente que celle d'un Cheysuli.
— Aislinn... Les dieux savent que je n'aurais pas dû te cacher l'existence de Sorcha. Mais ce n'est pas le moment.
Un cri de femme sortit de la tente. Les yeux d'Aislinn s'agrandirent.
— Le bébé ! Tu m'as dit qu'il allait naître...
Ses yeux s'emplirent de larmes. Mais elle battit des paupières pour les combattre.
— Non. Ce n'est pas ainsi qu'on gagne l'attention d'un homme. La force et la détermination... Voilà ce que m'a dit ma mère !
— Aislinn ! ( Il la prit par un bras et la secoua légèrement. ) Je ne suis pas une récompense qu'on peut gagner !
— Comment faire pour attirer ton affection ? dit-elle amèrement. Dois-je te mettre en laisse, comme un chien ? Ou te laisser libre et savoir que je t'ai perdu pour toujours ?
Il entendit l'avertissement de Sorcha résonner dans son esprit. Ne permets pas à la fille de la sorcière de te dresser contre ton héritage...
— Non, dit-il à voix haute. Je suis cheysuli d'abord.
— Et homanan après ? dit amèrement Aislinn. Est-ce bien l'héritier que mon père homanan s'est choisi ?
II ferma les mains sur ses bras. Aislinn cria. Il desserra sa prise à grand-peine.
— Vous allez trop loin, toutes les deux, dit-il. Que voulez-vous que je fasse ? Que je me coupe en deux et que j'en donne la moitié à chacune ?
— Renonce à...
Aislinn pâlit et s'arrêta net.
— Que je renonce à Sorcha ? C'est cela que tu voulais dire ? Jamais ! Je renoncerais plutôt à moi-même.
Aislinn regarda le sol comme si elle souhaitait qu'il l'engloutisse.
— Je n'avais pas le droit de te demander ça. Mais je ne te mentirai pas. Je te veux pour moi seule. ( Elle leva la tête et lui lança un regard de défi. ) Elle t'a eu pendant longtemps, mais ce sera mon tour.
— Toi et elle, vous chantez la même chanson. Sans moi, vous pourriez être amies.
Puis il se souvint des paroles de Sorcha et sut que ce serait impossible.
Un autre cri retentit dans le pavillon. Pas celui d'une femme, celui d'un nouveau-né.
Aislinn comprit aussi. Elle se détourna et partit d'un pas tranquille.
Mais Donal savait qu'elle avait envie de courir.
Donal approcha doucement de la séparation et vit Sorcha, les yeux fermés, l'air épuisé mais content.
— C'est une fille, Donal, dit calmement Alix.
Il resta figé sur place, regardant le bébé emmailloté qui reposait douillettement dans le creux du bras de sa mère, son petit visage rose encore fripé.
Il lui toucha doucement la tête. Il n'y avait rien d'homanan dans l'aspect de la petite. Elle avait les cheveux noirs et le teint de son père.
— Laisse-les dormir. Plus tard, tu pourras prendre ta fille dans tes bras.
Alix se releva. Donal vit des mèches argent briller dans sa chevelure. Il réalisa que sa mère vieillissait, comme Finn et Karyon, mais de façon moins marquée. Sa peau était toujours souple et tendue sur son ossature typiquement cheysulie. Elle sourit, ce qui la rajeunit immédiatement.
Il sortit avec elle et ils marchèrent vers le périmètre de la Citadelle, où les murs gris protégeaient les tentes.
— Aislinn est amoureuse de toi depuis qu'elle est assez grande pour savoir ce qu'il y a entre un homme et une femme, dit doucement Alix. Tu le savais, n'est-ce pas ?
— J'ai cru que cela lui passerait avec l'âge.
— Pourquoi ? Tu ne veux pas d'amour dans ton mariage ? Oh, je sais, les Cheysulis ne parlent pas de ces choses. Mais tu devras apprendre à vivre avec, Donal, comme ton jehan et ton su'fali l'ont appris.
Alix lui prit la main.
— Avec cette main, tu gouverneras Homana, dit-elle. Tu es l'espoir des Cheysulis, Donal, et un maillon de la prophétie. Si tu piétines ce mariage, tu renies ton héritage.
— Sorcha pense l'inverse, dit-il avec un soupir.
Alix lui serra la main.
— Sorcha est... amère, dit-elle.
— Elle ne l'était pas avant. Est-ce à cause de la naissance de l'enfant ?
— En partie, peut-être. Mais surtout... Elle sait depuis toujours que tu dois épouser Aislinn, et pas elle. Elle avait réussi à ne pas y penser. Maintenant, elle ne peut plus nier la réalité. Elle doit l'affronter, et elle n'en a pas envie.
— Elle déteste Aislinn, ce que je peux comprendre. Mais elle hait aussi les Homanans. Comment puis-je vivre avec cela, alors que je devrai un jour gouverner ?
Alix se pencha et cueillit une fleur mauve pâle.
— Une fleur de couleur au milieu des blanches est facile à cueillir. Il est difficile de se protéger des autres quand on est différent. Je ne parle pas des yeux verts et des cheveux blonds. Je parle du sang, de la connaissance qu'on a de soi.
— Dans les clans, les gens n'y font pas attention. Tu es à demi-homanane, t'es-tu sentie différente ?
— Oui, dit Alix doucement. J'ai vécu dix-sept ans parmi les Homanans et vingt-quatre parmi les Cheysulis, mais je me sens toujours homanane. Je ne doute pas que ce soit la même chose pour Sorcha.
— Mais elle est née dans le clan...
— Peu importe. Regarde, cette fleur est mauve. Elle ne pourra jamais prétendre être d'une autre couleur.
— Si je suis aussi cette fleur mauve, je ne m'intégrerai jamais aux Homanans blancs.
— Non. Mais pourquoi vouloir leur ressembler quand tu dois être leur Mujhar ?
Il se détourna.
— Rentrons. Je voudrais voir mon Fils et ma Fille.
— Jehan ?
La petite voix interrompit ses réflexions. Donal se tourna, le nouveau-né dans les bras. Sur le seuil se tenait son fils, à côté de Meghan. Les cheveux noirs de Ian étaient bouclés, comme souvent chez les enfants cheysulis. Ses yeux jaunes brillaient quand il les leva sur son père, mais son expression était boudeuse.
— Viens, Ian. Viens voir ta nouvelle rujholla.
L'enfant s'approcha, mais il ne toucha pas le bébé
jusqu'à ce que Donal écarte les langes et lui montre le petit visage ridé.
Il se tourna vers Sorcha.
— C'est ton tour, meijha. J'ai nommé le premier.
— Isolde. J'aime ce nom. Ian et Isolde.
Donal sourit à l'enfant de trois ans qui observait, fasciné.
— C'est Isolde, Ian. Il faudra que tu la protèges. Tu vois comme elle est petite ?
Meghan se pencha par-dessus Donal pour voir le bébé.
— Elle a les cheveux noirs et le teint de son père, dit-elle. Cheysulie, avec peu d'Homanan en elle.
Le sourire de Sorcha s'épanouit.
Donal regarda la fille de Finn. Il ne sentait aucune amertume dans sa voix. Cela ne semblait pas la gêner d'être le portrait de sa mère, la défunte sœur de Karyon : cheveux châtains, yeux bleus, teint clair. Malgré ses quinze ans, elle avait toute la grâce et l'élégance de Tourmaline. Pourtant, elle était plus cheysulie que quiconque, car Finn s'était assuré qu'elle le serait.
Pas de mariage homanan pour Meghan. Finn l’unira à un guerrier. Elle n'aura que l'embarras du choix.
Donal leva les yeux vers Alix.
— Veux-tu prendre Isolde ? J'ai promis à Karyon de lui ramener Aislinn à la tombée de la nuit. Et nous avons des choses à régler...
Quand Alix eut repris le bébé, Donal se pencha et embrassa doucement Sorcha sur la bouche.
— Dors bien, meijha. Tu as gagné ton repos. ( Puis, à Meghan : ) Merci de t'être occupée de Ian. Bientôt, tu auras tes propres enfants à élever.
Elle rit.
— Pas trop tôt, j'espère. J'aimerais un peu de liberté d'abord.
Il souleva Ian et le porta hors de la tente.
— Nous partons ? demanda l'enfant.
— Non, moi seulement. Tu dois rester ici.
Lorn se leva de sa place au soleil et bâilla.
Un mâle et une femelle. Belle symétrie.
Un garçon et une fille, lir. Il n'y a rien d'animal à leur sujet.
A moins que le garçon n'acquière un lir de ma race.
Crois-tu qu'il le fera ? demanda Donal, espérant en apprendre plus sur le processus du lien-lir.
Je ne sais pas. Cette information appartient aux dieux.
J'aimerais qu'il ait un faucon. Quelle meilleure façon d'honorer son grand-père ?
Comme tu honores le tien ? demanda Lorn.
Donal sursauta.
Comment devrais-je faire honneur à Hale ?
L'épée, dit Taj. Un jour, elle sera à toi, comme prévu.
Il ne répondit pas, mais regarda Sef et Bronwyn, en grande conversation. Sa sœur, contrairement à Meghan et Aislinn, n'était pas consciente de sa féminité. Elle se comportait plus en garçon qu'en fille. En l'observant, il vit qu'elle n'aurait jamais la beauté que Meghan et Aislinn arboraient déjà. Elle était le portrait de sa mère.
Et qui d'autre est en elle ? Son jehan ?
Bronwyn avait dessiné des runes sur le sol, remarqua Donal, mais pas des runes cheysulies.
Quand il arriva, elle se leva d'un bond et les effaça.
— J'ai entendu que le bébé était né.
— Oui. C'est une fille. Sorcha l'a appelée Isolde.
— Puis-je aller la voir ? demanda Bronwyn, bouillante d'impatience.
— Non, dit Donal. ( Puis, maudissant sa réponse abrupte, il se reprit : ) Pas maintenant. Elles dorment toutes les deux. Plus tard, rujholla.
Elle était sa sœur, même si elle était aussi la fille de Tynstar. Elle n'avait pas eu le choix de son géniteur.
Mais il n'osait pas lui laisser l'occasion de prouver qu'elle était ihlinie.
— Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle. Ai-je fait quelque chose de mal ? Tu es si brusque...
— Non, répondit-il. Il n'y a rien.
Contre son gré, il regarda les runes à demi-effacées. Elles étaient étranges, avec comme un air de sorcellerie...
— C'était quoi ? demanda-t-il en montrant les inscriptions.
Elle jeta un bref coup d'œil à Sef. Donal remarqua le courant silencieux qui passa entre eux.
— C'est un jeu secret, dit-elle aussitôt. Nous avons juré de ne rien dire.
Délibérément, elle effaça le reste des runes de son pied botté.
— Bronwyn..., commença Donal.
A ce moment, Finn et Aislinn sortirent de la tente. Donal déposa Ian dans les bras de Finn avant qu'il ait le temps de protester. Il embrassa l'enfant sur le front puis il aida Aislinn à monter en selle et grimpa sur son étalon.
Finn l'arrêta d'un geste.
— Comment va Karyon ?
Donal savait qu'il resterait toujours un lien entre son oncle et Karyon, même s'ils ne se voyaient plus depuis la rupture des vœux.
— Il vieillit chaque jour. Plus vite que le commun des mortels, je pense. N'y a-t-il rien à essayer ?
— Tynstar n'a rien fait à Karyon qu'il n'aurait pas souffert un jour, dit Finn. Il l'a simplement provoqué prématurément. Il est impossible de défaire ce que les dieux ont cru bon d'infliger à un homme.
— Mais il est le Mujhar ! Les dieux ne voient-ils pas qu'Homana a besoin de lui ?
— Les dieux ne font rien sans raison, Donal. Va, ramène Aislinn à son jehan. Ne fais pas attendre Karyon.
— Oui, su’fali. As-tu un message pour lui ?
— Dis-lui que je viendrai à Homana-Mujhar.
Donal le regarda fixement.
— Vraiment ? Tu n'y es pas allé depuis dix-sept ans !
— Crois-tu que je manquerais le mariage de mon harani ?
Donal rit et attrapa le bras de son oncle.
— Merci, su'fali. Cela faisait bien longtemps...
— Va maintenant, ne laisse pas le Mujhar s'inquiéter pour sa fille.
— Sef ! appela Donal. Je veux arriver à Mujhara avant le coucher du soleil.
Le garçon grimpa en selle et regarda Bronwyn.
— Peut-être te reverrai-je.
— Oui. Reviens. Ou j'irai à Homana-Mujhar.
— Si mon seigneur me le permet, dit Sef.
— Tu viendras à Homana-Mujhar, Bronwyn, dit Aislinn. Et Meghan aussi. Quand je serai reine, j'aurai besoin de suivantes, et je vous appellerai toutes les deux.
Finn fronça les sourcils.
— La place de Meghan est à la Citadelle.
— Jehan, protesta la jeune fille, si Aislinn a besoin de moi, j'irai, bien sûr.
— Cette Citadelle est ton foyer, Meghan. Homana-Mujhar t'étoufferait.
— Ne pourrai-je l'apprendre par moi-même ? ( Elle posa une main sur le bras de son père. ) La Citadelle sera toujours mon foyer, comme elle est le tien. Mais n'as-tu pas passé des années éloigné d'elle ?
— Oui, dit Finn d'une voix rauque. Et tu sais ce que cette bêtise m'a rapporté. La sorcière n'est peut-être plus à Mujhara... Mais son souvenir y survit.